2016 Burkina Day 10: Marie Rosine, Brigitte, Léocadie, Jacqueline and Edwige

Journée N° 10: Marie Rosine, Brigitte, Léocadie, Jacqueline

et Edwige

16 janvier 2016

Marie n’était pas la seule à avoir mis au monde un bébé. Marie Rosine a dû quitter l’université en milieu d’année scolaire en vue de sa grossesse. Elle s’est mariée rapidement, a eu une petite fille, Stéphanie, et est retournée à ses études. Elle est maintenant dans sa troisième et dernière année vers son diplôme de licence en lettres modernes, ce qui lui permettra d’enseigner en école secondaire.


De plus, Félix, son époux, gagne sa vie comme instituteur. Marie Rosine a donc pu quitter son logement de terre battue, sans électricité et emménager dans cette jolie petite maison carrelée, avec télévision.


Comme je l’avais fait l’année dernière, j’ai apporté à Stéphanie un petit livre pour bébés. Elle avait l’air de beaucoup l’apprécier. Elle a maintenant deux ans et trois mois.


C’est la première fois que nous rencontrons Félix. Ils semblent bien s’entendre tous les deux.


L’université de Koudougou a six mois de retard. Les professeurs sont en grève: ils n’ont pas encore été payés. L’année dernière quelqu’un de l’administration avait dérobé 63.000.000 CFA des coffres de l’université (nous n’en connaissons pas l’auteur). Puisqu’il s’agit d’une université de l’état, tous comptaient sur le Gouvernement de Ouagadougou pour obtenir les finances afin de payer les professeurs et reprendre les cours.

Marie Rosine espère qu’elle finira en mars l’année scolaire qui aurait dû se terminer en septembre. En octobre, elle passera l’examen national pour service avec le gouvernement qui lui procurerait un emploi permanent. J’ai osé leur demander s’ils avaient l’intention d’avoir d’autres enfants. « par pour le moment » ont-ils répondu.


Ce sont les nouvelles de l’attaque terroriste à l’hôtel Spendid à Ouagadougou qui nous ont réveillés ce matin. J’étais resté à cet hôtel il y a cinq ans, jusqu’au moment où l’ambassade de France m’avait recommandé le Karité bleu: plus petit, meilleur marché et, je pense, plus sûr. Nous avions quitté Ouaga le jour de la fusillade.

Messages me sont parvenus du monde entier concernant ma sécurité. J’étais quelque peu inconscient ayant poursuivi mon programme à Koudougou à 80 kms de là. Les connections internet sont très sporadiques ici.

Koudougou est très calme mais le pays est bouleversé. Tout semblait s’être amélioré après le soulèvement contre Président Compaore en 2014 et le coup d’état qui a suivi.

Ce qui semble être un fléau universel a secoué le pays tout entier.

Musulmans, catholiques, protestants et animistes vivent côte à côte sans problèmes et se marient parfois entre eux. Ils ont tous voté en novembre dernier et choisi un nouveau gouvernement qui leur donne beaucoup d’espoirs. Hélas, avec cette attaque, je crains que le Burkina ne sera plus le même. Je n’ai pas voulu contacter l’ambassade des Etats Unis concernant ma sécurité. Je ne voulais rien savoir, préférant continuer avec mon programme.

Notre prochaine visite était chez Brigitte. Elle m’avait dit au téléphone qu’elle enseignait en remplacement à Ouaga mais nous avons tout de même décidés de rendre visite à sa mère. Une personne que je ne connaissais pas m’avait offert une caisse pleine d’anciens livres d’école. Nous l’avons envoyée par container et je l’ai apportée chez Brigitte. Etant institutrice d’école primaire après deux ans d’études, je pense qu’elle pourra bien utiliser ces livres. Marcel nous a aidés à les déballer.


La maman nous a expliqué que Brigitte avait terminé première de sa classe mais n’avait pas réussi à l’examen de service avec le gouvernement en octobre dernier. Elle est suppléante et attend de pouvoir passer l’examen de nouveau. Nous avons rencontré Germaine, 24 ans, la soeur de Brigitte qui vient de passer son baccalauréat avec une note très basse de 10,35 sur 20. Elles semblaient rechercher une certaine aide financière.


La mère de Brigitte (avec les livres) et la soeur de Brigitte, Germaine.

Il y a plusieurs années, j’avais acheté quelques cochons pour aider financièrement la maman de Brigitte. Les cochons sont toujours là, dit-elle. Cependant quelques-uns ont attrapé une maladie que l’on n’a pas pu diagnostiquer, car, n’ayant pas les moyens, elle n’a pas contacté un vétérinaire. Peut-être aurais-je dû rester en dehors d’un élevage de cochons.


L’après-midi, nous sommes allés voir Léocadie qui a terminé ses études d’infirmière l’année dernière. Elle habite encore avec un oncle dans une nouvelle maison dans un beau quartier en haut d’une colline.


Léocadie était à la maison avec la fille de sa sœur. C’est elle qui, audacieusement m’avait dit, il y a deux ans: « achète-moi une montre », ce que j’ai fait.


Léocadie n’a pas réussi à l’examen de service avec le gouvernement en octobre dernier. Elle fait maintenant le tour des cinq ou six cliniques autour de Koudougou cherchant un stage. Dans le domaine de la santé, ils ne donnent des stages que s’ils ont une vacance. Ensuite, si votre performance est excellente, vous pouvez immédiatement obtenir un emploi. Léocadie nous a montré son diplôme.


Nous ne pouvons rien faire de plus pour elle sinon lui souhaiter de réussir dans sa recherche d’un emploi.


La visite suivante était pour Jacqueline qui a obtenu son diplôme de licence en novembre dernier. Elle va commencer ses études vers le master en environnement et développement durable. Son père étant décédé il y a trois ans, j’ai pris l’habitude à chaque visite d’apporter à sa mère 100 kgs de maïs. J’avais besoin d’un reçu pour mes impôts américains. Le vendeur ne pouvant pas écrire, nous avons demandé au forgeron voisin qui, lui-même ne pouvait pas écrire. Marcel a donc rempli le reçu depuis le formulaire du forgeron. Le service des impôts américain remarquera-t-il ?


L’année dernière, j’avais demandé que le sac des 100 kgs soit partagé en deux pour que cela soit plus facile à transporter mais Marcel a dit qu’il pouvait s’occuper du tout. Es-tu certain ? Ai-je demandé. Arrivés chez Jacqueline nous avons demandé à un voisin de nous aider. Hélas, le sac était trop lourd et, le soulevant du coffre de la voiture, il s’est déchiré et s’est ouvert.


Jacqueline est venue à la rescousse et est arrivée à tout ramasser de la rue, jusqu’au dernier grain.


Les garçons ont réussi à trainer le tout jusqu’à la maison.


Après tout cela, Marcel avait besoin d’un bon repos.


Avec Jacqueline et sa mère nous nous sommes installés pour discuter.


Jacqueline n’a pas encore reçu son diplôme, l’université de Koudougou étant très en retard. Néanmoins, elle a obtenu une attestation qu’elle a pu envoyer à l’ISIG (université « l’Aube Nouvelle») à Ouagadougou où elle va étudier. Les cours commenceront le 25 janvier. Jacqueline ne sait pas encore où elle habitera.


Nous devons maintenant réfléchir très vite à ce qui suit. Pélagie, le soeur de Jacqueline, va et vient à travers Ouaga pour les différents stages qu’elle fait, espérant ainsi décrocher un emploi. Elle loge chez des membres de sa famille suivant l’endroit des stages, n’ayant aucun moyen de transport. Henri, un membre de notre bureau, s’était offert d’aider Pélagie pour la rédaction de son CV et la recherche d’un emploi. Il a également indiqué récemment qu’il ferait un don pour lui acheter une moto.

Avec une moto, Pélagie pourra alors habiter n’importe où. Pourquoi pas avec sa sœur, près de l’ISIG ? Je leur ai suggéré qu’elles devraient chercher une troisième colocataire pour que les frais soient moindres. Peut-être pourrions-nous payer 2/3 du loyer ? Une possibilité à développer. Jacqueline semblait ravie. « As-tu des questions » ai-je demandé. Simplement merci a-t-elle répondu.


Nous sommes ensuite allés un peu plus loin chez Edwige. J’avais perdu sa trace et ne savais pas ce qu’elle était devenue. Son père nous a accueillis à l’entrée et nous a invités à nous asseoir dans le jardin.


Edwige nous a rejoints et nous a expliqué qu’après avoir consulté Christiane elle avait décidé d’aller vers un masters en administration et gestion des entreprises à l’université libre du Burkina à Ouaga. Elle comptait sur sa tante pour la loger à Ouaga. Toutefois, celle-ci avait présenté sa candidature pour un poste hors de la ville et, si elle l’obtenait, devrait quitter son appartement.


Elle connaîtra la décision finale vers le 25 janvier. Si elle obtient ce poste, Edwige devra rester à Koudougou chez ses parents et retournera à l’institut d’où elle avait obtenu sa licence l’année dernière.


Elle avait déjà été acceptée à l’ULB (Université Libre du Burkina). Les cours ont commencé le 15 janvier mais un délai lui avait été accordé. Maintenant tout dépend de la tante. Rien de plus à ajouter et nous les avons quittés.


J’ai dû retourner au cyber café avant de rentrer. Mon compte électronique n’arrêtait pas de sonner avec des centaines de messages de concerne à mon sujet. La connexion était si lente qu’il fallait au moins trois minutes par message. Je n’ai pu en faire que la moitié.


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