2016 Burkina Day 12: Marie-Thérèse, Arzuma, Ursula, Adeline, Diane Alida

Jour 12, Marie-Thérèse, Arzuma, Ursula, Adeline, Diane Alida

18 Janvier 2016

Noëlie est notre représentante à Koudougou. Elle était à un enterrement à Ouaga ce week-end, et elle n’a pu nous rejoindre pour la première fois que ce matin. Nous avons dû traverser les voies du chemin de fer pour nous rendre à son atelier. C’est la ligne qui va de Ouaga à Abidjan en Côte-d’Ivoire.


Elle est couturière de métier et elle apprend à coudre aux filles dans son atelier appelé CEMEF. Le fer devant la porte n’est pas un logo…


… Il est chauffé à l’ancienne avant d’être utilisé pour le repassage.


Noëlie a travaillé pendant des années avec Solidarité, l’association de Gilberte et du père Albert. Elle connaît tous leurs bénéficiaires, et puisque nous les aidons toutes, entre autres, elle nous est très utile.


Elle se prépare à la retraite, et elle est amenée à réduire progressivement le nombre de ses élèves. Elle est partie de 50 il y a quelques années pour arriver à 20 cette année, et parmi celles-ci, 7 seulement ont payé leurs frais de scolarité au complet. Ces filles ont décroché ans le secondaire, et cette formation professionnelle est leur meilleure chance de succès. Notre subvention d’environ 40 $ par mois permet à cet endroit de continuer. Noëlie est catholique; son assistante est musulmane. Leur relation changera-t-elle après la fusillade à Ouaga? J’en doute.


Notre premier arrêt était au Lycée Sainte Monique, où Solidarité a deux étudiants en dernière année, Marie Thérèse et Arzuma. J’ai commencé avec Marie-Thérèse.


Elle voudrait étudier la littérature contemporaine, mais pas loin de chez elle, de préférence à Koudougou. Elle enseignerait dans le secondaire.


Arzuma est passionnée d’histoire. Elle aussi voudrait l’enseigner.


Elle aussi préfèrerait rester près de chez elle.


Notre prochain arrêt était chez la maman d’Ursula. Une histoire tempétueuse et stressante. Ursula a eu d’assez bons résultats au lycée pour se qualifier pour une bourse d’Etat. Mais avec tous les problèmes du pays, le gouvernement n’a pas été en mesure de publier les résultats de l’examen national. Pendant ce temps, la plupart des facultés ont commencé leurs cours.


Sur les conseils d’un groupe de femmes de l’université de Ouaga, nous avons récemment adopté une politique qui consiste à ne pas aider les filles admissibles à des bourses de l’Etat. Nous considérons que nous ne sommes pas là pour faire le travail du gouvernement.

Le comble est que si Ursula avait moins bien travaillé et ne s’était pas qualifiée pour une bourse d »Etat, nous aurions payé ses frais de scolarité et sa pension dans une université privée. Mais une politique est une politique. Elle ne cessait de pleurer.


Je remarquai que Noëlie avait apporté un nécessaire à la maman d’Ursula : du sucre, du savon, des pots et des casseroles. Il semble que cette famille est vraiment dans le besoin.


Qui plus est, notre politique repose peut-être sur des informations incomplètes. Les bourses gouvernementales pour l’université privée ne vont aux meilleurs étudiants, ceux qui ont des moyennes de 16/20 ou plus. Notre bénéficiaire Rita, en école de médecine, est un de celles-là. Mais les autres ne devraient recevoir qu’une aide minimale pour aller à une université d’Etat. Nous devons repenser à tout ça.

Mais toute cette hystérie ne nous rapproche pas d’une solution. Je leur ai dit d’attendre que les résultats des examens soient annoncés. Si vous n’obtenez pas de bourse, le problème est réglé. Nous paierons pour vous envoyer dans une université privée, avec la perte de temps d’un semestre. Si vous le faites, nous allons examiner de plus près notre politique et voir comment nous pouvons vous aider. La maman d’Ursula a essayé de nous réconcilier au moment de notre départ. Je n’avais plus de patience avec cette hystérie.


Dans l’après-midi, nous avons visité l’école d’infirmières Louis Pasteur, encore en chantier après trois ans. Aucun progrès depuis l’année dernière.


Nous avons rencontré l’administrateur général, Rafaël Kaboré, pour lui poser des questions sur notre étudiante de première année, Adeline. Adeline constituait un grand risque pour nous. Après avoir décroché de l’école secondaire, elle a travaillé dans la fabrique de dolo de sa grand-mère (une boisson alcoolisée) pendant dix ans avant de décider à l’âge de 35 ans qu’elle voulait retourner à l’école. J’ai pensé que c’était un cas intéressant.


M. Kaboré m’a surpris en me signalant que les trois premiers devoirs d’Adeline avaient été notés 16, 19 et 14. Ouah ! Ça va peut-être marcher.


Nous avons ensuite visité une autre école d’infirmières, celle-là de l’autre côté de la ville. Elle n’a que deux ans et a été créée par Edouard Sourgu, qui a fait fortune dans le secteur de la pharmacie.


Nous avons rencontré le directeur de l’école, Abdoulaye Zongo, qui nous a donné l’impression que cette école était bien gérée.


Comme le campus est encore en travaux, notre bénéficiaire, Diane Alida, qui suit un programme de seulement deux ans pour devenir infirmière auxiliaire, a cours dans des locaux provisoires en ville. Nous avons remercié M. Zongo et nous sommes allés à la recherche de Diane Alida. Nous l’avons trouvée.


Elle venait de finir ses cours pour la journée, et elle a proposé de nous amener chez ses parents. « Vous n’avez pas de bicyclette ? » lui ai-je demandé? « Non, je marche », dit-elle. « Je me lève à 05h00 et je quitte la maison à 6h00 pour me rendre à l’école à 7h30.  » Nous devons faire quelque chose à ce sujet, j’ai pensé. Car sa famille avait l’air très pauvre.


Ses deux parents étaient chez eux. Diane Alida m’a expliqué qu’elle n’avait pas bien travaillé dans le secondaire et qu’elle avait abandonné. Mais un certificat d’infirmière auxiliaire pourrait lui permettre d’accéder à une vie meilleure. Le Père Albert avait intercédé en sa faveur, et nous avons décidé de prendre le risque et d’y aller.


Dans l’humanitaire, il faut prendre des risques.


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