2016 Burkina Day 14: Ursula, Safiatu, Françoise, Fayssatu and Alida

Jour 14 : Ursula, Safiatu, Françoise, Fayssatu et Alida

20 janvier 2016

Le premier événement de la matinée fut la visite de la maman d’Ursula. Elle avait fait le voyage jusqu’à Ouaga la veille et était allée au Service des Bourses. Le nom d’Ursula était sur la liste. Cette dernière a donc droit à une bourse pour étudier dans une université publique, ainsi qu’une allocation mensuelle. Le problème est que le gouvernement n’a pas d’argent. Donc ils ne peuvent pas dire quand les bourses seront versées : en juin, en juillet ? Ils l’ignorent tout simplement.

De plus, les universités publiques sont en difficulté. Ouagadougou est en crise depuis deux ans ; Koudougou est en grève depuis quatre mois. En conséquence, le Service des Bourses a recommandé au Ministère de l’Éducation que les bénéficiaires de bourses soient autorisés à utiliser leur argent pour s’inscrire dans des universités privées. La nouvelle mesure n’a pas encore été acceptée.

J’ai dit à la maman d’Ursula que je devais vérifier tous ses dires. Elle m’a donné le nom de la femme à qui elle avait parlé ainsi que ses deux numéros de téléphone, huit chiffres chacun, enregistrés dans sa tête. Je devais continuer mon programme, j’ai donc appelé Awa à notre bureau d’Ouaga et je lui ai demandé de revérifier.

J’ai remercié la maman d’Ursula. Je l’avais jusque-là considérée comme une enquiquineuse, mais au final elle avait raison. Elle nous a rendu service. Nos pratiques se basaient sur des informations fausses ou incomplètes. Nous allions devoir reconsidérer les choses.

(Awa a rappelé plus tard ; elle a tout confirmé et a répété ce que lui avait dit la femme du Service des Bourses : « Si vous pouvez vous le permettre, je vous conseille d’envoyer Ursula dans une université privée. »)

Nous sommes allés jusqu’à l’école de Safiatu, Beoog Noma, un institut privé de formation des enseignants.


Safiatu n’était pas aidée par l’association de Gilberte et de Père Albert, Solidarité. Elle et sa sœur Rokia nous ont été recommandées par le Dr. Odile Pagezy, une pédiatre française impliquée dans le travail humanitaire à Faso.

Le directeur de l’école, le Dr. Innocent Yameogo, a confirmé que Safiatu suivait un programme de deux ans pour se préparer à être enseignante du premier degré, puis il nous a proposé de nous emmener dans sa classe.


Il est entré et tous les étudiants se sont mis au garde-à-vous. Il nous a présentés, a expliqué que nous aidions Safiatu et l’a invitée à s’avancer. Elle paraissait fière.


Elle nous a indiqué comment nous rendre chez la famille de son mari. Nous y sommes allés. C’était une grande famille musulmane. Le père, qui portait une grosse moustache et le bouc, était très distingué. Il a expliqué que son fils (au t-shirt rouge) et Safiatou ne vivaient plus chez eux.


Le Dr Pagezy m’avait dit que le mari de Safiatu avait obtenu son baccalauréat, mais qu’il traînait à la maison, sans faire grand-chose. Lorsque nous avons envoyé Safiatu à l’école, son mari, par fierté, s’est bougé le derrière. Il nous a dit qu’il suivait désormais un programme de formation à l’Université de Koudougou pour devenir surveillant d’école. L’université payait le loyer, donc lui, Safiatu et Samir, leur fils de 15 mois, vivaient dans leur propre appartement. Désirions-nous le visiter ? (Ils nous ont dit que Samir était en train d’y faire la sieste.) Il nous a montré le chemin avec sa moto.


C’était un modeste deux-pièces. Les vêtements de Samir étaient en train de sécher.


Le coin-cuisine était typique.


Un enfant et, dans cinq ans environ, deux salaires. Ils étaient sur la bonne voie. Ce fut le moment d’aller au rendez-vous suivant. Prochain arrêt, Sougri Nooma, où Fayssatu et Françoise terminent leurs études secondaires.


Je me suis assis à l’extérieur du bâtiment administratif et j’ai attendu Fayssatu. Le directeur nous a dit qu’elle avait eu une moyenne de 8,12/20 au premier semestre, mais que c’était une moyenne normale pour un début d’année.


Fayssatu est arrivée et nous avons discuté. Elle a dit que ce semestre, la note la plus élevée de sa classe était, par exemple, de 10/20 en maths. Elle était certaine d’obtenir son baccalauréat cette année.


Elle semblait toujours incertaine quant à son plan de carrière. Elle aimerait étudier l’ingénierie civile, mais pour cela elle devrait passer un examen d’admission. Si elle ne le réussit pas, elle choisirait peut-être d’étudier l’assainissement des eaux – une spécialité de l’Université de New Dawn (l’ISIG). Mais elle devrait alors rester chez sa grande sœur à Ouaga et elle n’est pas sûre que cette dernière accepte. Son dernier recours serait l’école d’infirmières de Koudougou. Je lui ai demandé de nous tenir informés.


Françoise était en train de passer un examen et ne pouvait pas être interrompue. Noëlie et moi sommes donc allés à notre prochain rendez-vous : chez Adeline.


La demeure était paisible et fraîche dans la lumière de l’après-midi. Dix-sept membres de la famille vivent dans cet ensemble de trois maisons.


Adeline vit avec sa mère…


… et sa grand-mère. Une femme âgée s’est approchée de nous, elle marchait seule, sans canne, lentement mais sûrement. Elle a saisi ma main fermement, puis s’est baissée pour s’asseoir sur un banc. C’était grand-mère, âgée de 105 ans.


J’ai demandé à Adeline de me parler un peu de sa vie. Son père est mort quand elle était très jeune – en 1980 environ. Elle a été envoyée à Ouaga à l’âge de cinq ans pour vivre chez des membres de la famille. Elle est allée à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans, puis elle a laissé tomber et a commencé à travailler avec son autre grand-mère pour fabriquer du dolo. Elle s’est mariée en 2007, mais son mari est décédé en 2012. Ce fut peu après que Clarisse, notre bénéficiaire qui vivait avec la même grand-mère, nous a dit : « Je pense qu’Adeline a du potentiel. »


Elle nous a montré des notes préliminaires de contrôles et de tests. Il semble que Clarisse ait eu raison.


Elle poursuit un programme de deux ans pour devenir assistante-infirmière. Elle vise peut-être trop bas.


Vous pensez que nous devrions l’envoyer en école de médecine ?

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