2016 Burkina Day 5: Pélagie, Jeanne d’Arc, Jean-Pierre, Hélène and Madeleine

Jour 5: Pélagie, Jeanne d’Arc, Jean-Pierre, Hélène et Madeleine

11 Janvier 2016

Je vous ai raconté que Pélagie avait obtenu sa Licence d’Hydrologie d’une excellente école d’ingénieur de Ouagadougou. Elle est maintenant sur le marché du travail. Nous lui avions donné un peu d’argent, pour trois mois, mais c’était il y a six mois. Je me demande comment elle s’est débrouillée.

Nous commençons seulement à nous demander comment nous pouvons aider nos bénéficiaires une fois qu’elles ont obtenu leurs diplômes. Je voulais voir ça avec Pélagie. Elle a déménagé. Nous nous approchons d’un portail ouvert dans une rue calme.


Pélagie nous invite à entrer.


Au Burkina, le fait d’obtenir un diplôme ne vous garantit pas un emploi. Vous êtes censé acquérir une expérience professionnelle au travers de stages non rémunérés pendant environ deux ans avant qu’on vous offre un salaire. Pélagie a été diplômée il y a un an. Elle a suivi quatre stages, notamment avec l’ONG américaine Water Aid. Elle est revenue deux fois chez Water Aid; où son troisième stage de deux mois ne fait que commencer. (Ils vous prennent et ils vous laissent partir, parce que s’ils ne le faisaient pas, ils devraient vous verser un salaire.)


Je lui ai demandé comment elle se débrouillait. Elle m’a dit qu’elle avait demandé à sa tante si elle pouvait venir habiter chez elle puisqu’ils n’habitent pas très loin de Water Aid. Elle n’a ni cyclomoteur ni bicyclette, aussi elle doit marcher. Ils l’ont accueillie, ils l’hébergent et la nourrissent.

L’appartement est un deux pièces : un séjour et une chambre. Sa tante et son oncle dorment dans la chambre avec leur plus jeune enfant, âgé de 7 ans. Pélagie, leur autre enfant, 10 ans, et un cousin de 13 ans dorment dans le séjour. Personne ne trouve ça inconfortable. Deux canapés servent de lits et ils déroulent un matelas par terre pour le petit de 10 ans.


Comme sa tante et son oncle travaillent tous les deux, ils sont relativement à l’aise, comme en témoigne la télévision et la stéréo.


Pélagie est heureuse de jouer le jeu selon les règles. Elle passera une autre année e stage en stage et d’un membre de la de la famille à un autre,
puis elle devrait obtenir un emploi rémunéré. En tant qu’hydrologue, diplômée de 2iE, elle a certainement une carrière prometteuse devant elle. Mais je commence à voir comment elles vivent de rien, en Afrique, tout repose sur la famille.


Jeanne d’Arc était alors de me rencontrer à mon hôtel. C’est notre succès le plus rapide. Elle essayait depuis dix ans de passer l’examen national d’entrée dans la fonction publique. Nous l’avons aidée pour qu’elle suive l’ENAM, une école qui prépare à la fonction publique. Elle a travaillé avec acharnement pendant un semestre, puis a été reçue brillamment à l’examen national. Elle a reçu la bonne nouvelle en Novembre 2014.


Les événements qui ont accompagné l’éviction du président Compaoré ont reporté la publication des offres d’emploi. Elles n’ont été publiées qu’en Octobre 2015. Puis en Novembre elle a commencé à travailler dans un bureau du gouvernement qui suit les plaintes des enseignants et des élèves du primaire. Je lui ai demandé où il était. « Juste derrière l’hôtel, » répondit-elle. « Voulez-vous m’y conduire ?  » « Bien sûr,  » me dit-elle. Elle est montée sur sa moto.


La raison des trois roues est que Jeanne a contracté la polio à l’âge d’un an et ses jambes sont très déformées. Elle marche avec une canne et beaucoup de difficulté. Mais elle n’a pas hésité à me demander de monter derrière elle. Et nous voilà partis.


Nous sommes arrivés rapidement à son travail. Elle a lutté pour monter la rampe, puis s’est retournée et a pris la pose pour moi.


L’intérieur était en pleine effervescence. Des femmes de tous âges instruisaient les dossiers tout en bavardant. Elles avaient l’air réjouies de poser pour une photo. La femme à côté de Jeanne est le chef de service, sa grande patronne. Il semblait régner une grande camaraderie.


Jeanne et ses collègues semblaient très heureux ensemble. Le seul problème est qu’elle n’a pas été payée. Elle sera payée par la suite, mais elle ne sait pas quand ni combien. Mais elle a un emploi à vie. Comment vit-elle ? Encore une fois, grâce à la famille. Sa sœur vit à proximité, a un emploi et un appartement de deux chambres. Elle prend Jeanne en charge et la nourrira aussi longtemps qu’il le faudra. Elle a un avenir.


Jeanne m’a reconduit à mon hôtel, où Jean-Pierre attendait. Jean-Pierre est directeur d’un lycée à Ouagadougou et c’est un vieil ami de Christiane. J’ai organisé un échange de lettres entre ses élèves et ceux d’un collège de notre village français. Les étudiants français ont préparé une présentation illustrée de la France, de la Bretagne et de notre ville. Je l’ai présentée à Jean-Pierre.


La présentation était bien faite.


Jean-Pierre a admiré et il a dit qu’il allait demander à ses élèves d’en faire une sur le Burkina Faso et sur Ouagadougou. J’espérais bien que les étudiants des deux côtés en profitent.


Après le déjeuner, je suis allé rendre visite à Hélène et Madeleine, deux sœurs qui vivent avec leurs trois frères (encore la famille). Les trois frères sont ferronniers et leur cour ressemble à ça :


Il y a de la ferraille partout.


Depuis trois ans maintenant, Hélène et sa jeune sœur partagent cette chambre et ce matelas :


Hélène est l’une de nos deux premières bénéficiaires. Nous l’avons soutenue pendant cinq ans. Elle devrait terminer sa deuxième année d’études de maîtrise en comptabilité cette année. Awa m’a rejoint sur cette visite. Sur le mur derrière Hélène, il y a une photo des parents des deux jeunes filles. Leur père est mort il y a plusieurs années; leur mère il y a deux ans. Hélène était au chevet de sa mère tous les jours et a cessé d’aller à ses cours. Nous étions inquiets à son sujet, mais elle est finalement retournée à l’école et a terminé l’année scolaire.


Madeleine, que je l’appelle la provocante, a réussi à poursuivre ses études au travers de cette crise. Elle en est à sa troisième année d’études de droit au même institut qu’Hélène, non loin de l’endroit où vivent leurs frères.


Il y a deux ans, Madeleine a passé une échographie qui a montré des kystes sur ses ovaires. Le médecin a prescrit des médicaments, qu’elle a pris, et elle s’est sentie mieux. Mais le médecin voulait qu’elle revienne pour une autre échographie et elle n’y est jamais allée. Christiane a remarqué un ballonnement et elle craint que si les kystes éclatent, cela soit fatal. Awa est venu à mon secours.


« Regarde, » dit Awa, « sois sérieuse. Une autre échographie ne te fera pas mal et pourra te sauver la vie. » Puis elle a ajouté avec tact. « La vie est belle, tu dois vivre. » J’ai été moins adroit. « Je ne vais pas payer pour tes obsèques » lui ai-je dit. Madeleine a promis de retourner voir le docteur.


« Il me faut un ordinateur MAINTENANT dit la provocante, changeant de sujet. Nous avions anticipé sa demande et nous avions apporté un ordinateur d’occasion avec nous. Un technicien en Bretagne, David, nous aide depuis environ un an. Il récupère des ordinateurs d’occasion à l’école où il travaille, il les remet en état, les nettoie et les répare et puis nous les donne. Une cargaison fraîche de 10 ordinateurs venait juste d’arriver par conteneur. Madeleine était ravie.


Avec Madeleine, nous nous sommes dirigés vers son institut, le CERPAMAD.


Nous connaissons bien maintenant le coordinateur académique. Nous avons examiné les notes de la Madeleine, qui étaient bonnes. Il nous a également assuré qu’Hélène était sur la bonne voie pour obtenir sa maîtrise. Tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes.


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