2016 Burkina Day 6: The UN, Modeste, Sophie, Diane

Jour 6: L’ONU, Modeste, Sophie, Diane

Mardi 12 Janvier 2016

J’ai fait le tour ce matin des différents bureaux des Nations Unies, le Centre d’information pour les coordonnées des contacts, l’Organisation Mondiale de la Santé pour une information sur les vaccinations et le Programme de Développement des Nations Unies pour une mise à jour sur l’économie nationale, avant de m’arrêter au bureau de mon ami Modeste, le directeur de la communication de l’UNICEF.

Modeste porte une cravate cinq jours sur sept à l’UNICEF et le week-end il s’habille de vêtements royaux en tant que Chef d’Issouka à Koudougou. Il prend son rôle de chef traditionnel très au sérieux. En tant que directeur de la communication, il est intarissable. Il n’arrête pas de parler. Il est extrêmement efficace pour le réseau UNICEF.


J’avais emmené avec moi Clément, frère de Marie, une de nos bénéficiaires, et neveu du Père Albert. Clément vient de réussir sa maîtrise de droit à l’Université de Ouagadougou, et il a toujours voulu faire carrière dans la diplomatie. J’avais trouvé des possibilités d’emploi et de stages sur le site Web de l’UNICEF et je voulais explorer cela avec Modeste, si jamais il raccrochait son téléphone.


Modeste a fini par raccrocher. Il a recommandé à Clément le Programme des Volontaires des Nations Unies et il lui a dit qu’il l’aiderait. Il lui a également parlé d’un programme de formation au ministère des Affaires étrangères.

Clément est reparti et Modeste et moi sommes allés déjeuner. Il m’a expliqué que l’année dernière, la population était passée progressivement de la peur à l’espoir et à la joie. On attend beaucoup du nouveau président. « Il est courtois », a-t-il dit, « il écoute et il essaie d’arrondir les angles ».


Blaise Compaoré, qui a été renvoyé fin 2014, pensait que le Burkina avait besoin d’un homme fort, alors que ce dont nous avons besoin, m’a-t-il dit, ce sont des institutions solides. Notre conversation à table ressemblait à un cours de politique Burkinabé. Mais je ne peux pas vous en dire plus parce qu’un responsable de l’ONU n’exprime jamais ses opinions politiques en public.

Dans l’après-midi, Sophie est venue à mon hôtel. Ah, Sophie ! La première fois que je l’ai rencontrée, il y a six ou sept ans, elle m’a dit qu’elle voulait devenir sage-femme. Elle avait parcouru 50km à vélo (4 heures) pour assister à l’assemblée générale de Solidarité, l’association de Gilberte et du Père Albert qui l’aidait. Elle a raté son baccalauréat la première fois, et Solidarité a payé pour une deuxième tentative. Elle a échoué aussi la deuxième fois et Solidarité lui a retiré son soutien, conformément à ses statuts.

J’ai dit, c’est ma Sophie, tu peux le faire. Sa mère a vendu quelques chèvres et envoyé Sophie faire une troisième tentative. Cette fois elle a réussi, tout juste. Elle a obtenu la note minimale pour passer, 10 sur 20. Franchement, je n’aurais pas parié sur elle.

Nous l’avons alors envoyée dans une très bonne école privée d’infirmières à Ouagadougou. Elle habitait chez son oncle. J’ai retenu ma respiration quand les notes sont sorties. Ouah ! Plus de 16 sur 20 ! Elle a continué à avoir plus de 16 en deuxième et troisième année. En septembre, son examen final, les résultats ont été annoncés, elle avait son diplôme. Une formidable réussite.


Alors qu’il faut en général deux ans de stage avant de trouver un emploi rémunéré, il y a une voie rapide, le concours national de l’administration publique, le rêve de tous. Si vous réussissez, on vous offre un emploi public immédiatement rémunéré. Sophie a trimé pendant un mois, puis elle a passé l’examen en Octobre. Les résultats ont été annoncés cette semaine.

Elle a réussi !

Elle avait postulé pour un emploi à Koudougou avec 32 autres. Il y avait dix postes ouverts. Elle a terminé 6ème sur 32, aussi elle travaillera près de sa mère. Elle ne sera pas payée tout de suite lui a-t-on dit. Elle ne sait pas quand. Mais ils lui fourniront un logement. Et dans l’intervalle, elle aura de quoi manger grâce à la ferme de maman (la famille vient au secours).

Diane s’est arrêtée à l’hôtel après sa journée de travail à la Société Générale (un autre stage non rémunéré). Elle est dans sa dernière année de maîtrise de comptabilité. Elle a pris des cours du soir et suivi un stage dans la journée.


Diane est un cas particulier. À l’âge de trois ans, elle avait perdu ses deux parents. Un de ses oncles l’a élevée par un oncle, mais il lui a dit qu’il ne pourrait plus l’aider après l’école secondaire. Solidarité a payé pour un bon enseignement secondaire à Koudougou. Elle était seule quand nous avons commencé à la soutenir il y a cinq ans.

Comme elle n’a pas de famille, elle est la seule de nos bénéficiaires que nous soutenons 12 mois par année, chambre et pension. « Que deviendrai-je quand vous ne serez plus là ? » a-t-elle demandé. Elle était anxieuse.


Franchement, je n’avais pas la réponse à cette question. Comme Pélagie qui enchaîne les stages non rémunérés chez Water Aid, Diane en est maintenant à son troisième avec la Société Générale. Une femme a eu pitié d’elle et cherche le moyen de l’aider. Mais je ne sais pas si elle y arrivera.

J’ai essayé d’être rassurant, et j’ai immédiatement posé cette question à mon bureau : Peut-on continuer à aider Diane jusqu’à ce qu’elle obtienne un emploi rémunéré? Mon trésorier dit que de son côté, ça ira. Pour aussitôt ajouter que l’exercice 2015 va se clôturer avec un léger déficit.

Ah ! Ma pauvre Diane.


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